LE POINT DE VUE DU METTEUR EN SCENE

Lorsque Arnaud Allain, comédien de la compagnie Sousouli, est venu me proposer de mettre en scène « La Double Inconstance », j’ai (un peu) hésité : comment aborder un texte de cette importance…combien de mises en scène, d’interprétations mémorables nous reviennent immédiatement en mémoire ! Il faut d’abord trouver la force de se confronter à un texte aussi dense, aussi subtil, aussi profond ! Et comment renouveler le genre, sans trahir l’extraordinaire richesse des enjeux posés par Marivaux ?

Et puis, peu à peu, en lisant et relisant les trois actes de « La Double Inconstance », mes craintes se sont estompées…car c’est bien de cela qu’il s’agit : laisser parler le texte ! Savoir s’effacer devant le génie de l’auteur, abandonner toute velléité de briller par un travail démonstratif ou spectaculaire, savoir se remettre sans cesse en question, gommer les effets, chercher l’humilité.

C’est pourquoi cette mise en scène s’attachera à rester au cœur du texte et au plus près de ses interprètes, à explorer sans répit toutes les nuances de la sincérité (et du mensonge) de l’être humain. Sur scène, je voudrais qu’on ne voit pas des comédiens, et peut-être pas même des personnages, mais des hommes et des femmes capables de nous émouvoir, de nous toucher parce qu’ils nous ressemblent dans leurs désirs et leurs faiblesses. Marivaux, c’est le spectacle de l’Intime.

Intimement lié à cette volonté est aussi le souhait de débarrasser la pièce des costumes et décors dits « d’époque », qui trop souvent n’ont pour fonction que d’instaurer un certain pittoresque : il ne faut pas faire « joli » pour rendre supportable la cruauté du texte de Marivaux, il faut la montrer dans tout ce qu’elle a de pervers, mais aussi et surtout, la faire accepter au spectateur dans ce qu’elle a de sensible, d’humain, de Vrai. C’est à ce prix seulement qu’elle pourra nous toucher.

Christophe Glockner, metteur en scène